OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les 150 millions égarés de la République http://owni.fr/2012/11/14/les-150-millions-egares-de-la-republique/ http://owni.fr/2012/11/14/les-150-millions-egares-de-la-republique/#comments Wed, 14 Nov 2012 12:48:13 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=125768 Owni a extrait une liste partielle des bénéficiaires de 150 millions d'euros accordés au titre de la réserve parlementaire, où apparaissent de potentiels conflits d'intérêt. En partenariat avec l'association Anticor, et en attendant la publication intégrale de ces dépenses discrétionnaires, nous proposons à chacun de se plonger dans ce document. Après l'avoir épluché.]]>

Mise à jour, 16 novembre à 18h10
Le député Jean-Michel Couve, cité dans cet article, nous a recontacté pour donner suite à notre article. Lire sa réaction.

150 millions d’euros échappent chaque année à la publication du budget. Sous le titre de “programme 122″ (concours spécifiques et administration) et de multiples programmes ministériels, environ 60 millions sont ainsi attribués et dépensés par les sénateurs et 90 millions par les députés sans que soit publiée la liste des enveloppes ni le reçu des sommes engagées. Faute de disposer d’un document intégral, Owni s’est tourné vers l’annexe au projet de loi de Finances 2013 [pdf] portant sur “l’effort financier de l’État en faveur des associations”, un des deux postes de dépense autorisé pour la réserve parlementaire avec les investissements pour les collectivités locales. En “scrapant” ce document pour récupérer les données correspondant à l’objectif “réserve parlementaire” pour l’année 2011, nous avons pu reconstituer une liste partielle mais riche d’informations des récipiendaires de ce mystérieux programme. Nous vous la restituons ci-dessous et vous invitons à la consulter en document partagé sur Google Drive, liste classée par ordre alphabétique des associations ou par ordre décroissant de montant.

Parti associé de l’UMP

Notre consœur de Mediapart Mathilde Mathieu avait déjà révélé la façon dont le sénateur Grosdidier avait subventionné son propre club de réflexion par l’injection de 60000€ de sa propre réserve parlementaire en 2011. Révélation qui avait valu le dépôt d’une plainte pour prise illégale d’intérêt. A la lecture de l’interminable document que nous avons reconstitué, les conflits d’intérêts émergent.

Au titre de la réserve parlementaire 2011 apparaît ainsi une enveloppe de 50 000 € au nom du “Mouvement initiative et liberté”. Selon la plaquette de ce club politique [pdf], sa création le 16 décembre 1981 répondait à un objectif :

Il s’agissait d’empêcher que les socialo-communistes, après s’être emparés du pouvoir politique, ne mettent définitivement la main sur les esprits et sur les structures de notre pays. Il n’existait pas d’organisation adaptée à ce genre d’action : c’est ce vide que le MIL a voulu combler.

Le site officiel répertorie parmi ses inspirateurs de Gaulle, le général de Boissieu et Jacques Foccart, figure notable de la Françafrique et du Service d’action civique, dissout l’année de la création du MIL. Contacté par Owni, le mouvement n’a pas souhaité répondre à nos questions sur la réserve parlementaire :

Vous croyez vraiment que je vais répondre à une question pareille ?
— C’est votre droit. Et pensez-vous que je puisse avoir des détails sur le statut du Mil vis-à-vis de l’UMP ?
— Il faut aller voir sur le site.

Moins réticent, le site nous apprend que le Mil est un “parti associé à l’UMP” qui, à ce titre, peut disposer de représentants dans son bureau politique. 50 000 € d’argent public ont donc été attribués, en 2011 et en toute discrétion, à un club politique disposant de ses entrées au sein du parti majoritaire à droite.

Sous le titre incomplet de “Association developp durable territoire” se dissimule un autre cas notable. Mais à 130 000 € celui-là. Suivant le numéro Insee, il s’agit en fait de l’association de développement durable du Territoire Maures, à la Garde-Freinet (depuis déménagée à Saint-Tropez) . Laquelle a pour président Jean-Michel Couve, député UMP de la 4è circonscription du Var, qui en fait même une longue mention accompagnée d’une vidéo sur son blog. L’association se fixe notamment pour objectif la rédaction d’un Schéma de développement durable du tourisme. Un sujet que le député Couve traite par ailleurs au sein de son parti, puisqu’il est secrétaire nationale en Charge de l’Hôtellerie-restauration et des Loisirs de l’UMP.

“Personne ne vous parlera”

Dans un autre genre, les 10 000 € accordés au Lion’s Club de Conflans-Montjoie prennent un relief particulier quand on note sur le site de l’association que son président, Claude Ney, est directeur de cabinet chez Arnaud Richard, député UMP des Yvelines (le risque d’homonymie étant écartée à la lecture d’un article de presse local signalant la visite du député à l’association auprès de son assistant).

En survolant les 1 243 lignes du fichier, la majorité des organisations tombent néanmoins dans les grandes catégories de la vie associative : caritatif (les Restos du cœur et la Croix-Rouge reçoivent les plus grosses enveloppes), aide à l’emploi, à la jeunesse et à la famille, associations mémorielles (fondation Charles-de-Gaulle en tête) et activités culturelles et sportives diverses. En regardant de plus près, certains surprendront également quelques organismes de gestion de l’enseignement catholique (OGEC) et associations de chasseurs.

La qualité du fichier laisse cependant à désirer. En colonne “Objet”, nous avons laissé les mentions du fichier PDF original, lesquelles nous apprennent que, dans certains cas, la réserve parlementaire ne représente qu’une partie des dons ministériels (dont le montant n’est pas toujours précisé). Le total des montants que nous avons pu réunir est donc certainement bien inférieur. Le plus gros problème étant qu’il ne s’élève qu’à un peu plus de 10 millions d’euros, soit un quinzième du montant de la réserve. 140 millions sont toujours intraçables.

Pour trouver les sous manquants, nous nous sommes tournés successivement vers l’Assemblée, le ministère de l’Économie et le ministère de l’Intérieur. La première réponse devint un refrain à nos requêtes :

Personne ne vous parlera.

Au fil des jours et mêmes des mois (les premiers contacts ayant été pris avant l’été), le doux parfum d’omerta semblait embaumer du Palais Bourbon à Bercy, passant même la Seine jusqu’à la place Beauvau. Contactés et relancés par nos soins, aucun des deux cabinets ni des services techniques associés n’ont donné suite à deux simples questions : existe-t-il une base compilant les montants de la réserve parlementaire ? Existe-t-il un interlocuteur pour nous parler du système ? Renvoyés à nos chers tableaux, nous nous sommes vus plusieurs fois répliquer que le sujet était “trop technique” et même, par un fonctionnaire du Trésor, que les auteurs des “Jaunes” ne répondaient “jamais aux journalistes, ne cherchez pas”.

Corruption

L’analyse de ce fichier et ses insuffisances imposent cependant quelques constats : les sommes utilisées de façon discrétionnaires le sont parfois dans des cadres qui recoupent clairement la définition du conflit d’intérêt. Quand ce n’est pas le cas (comme pour l’écrasante majorité des bénéficiaires), il s’agit de subventions pour des missions d’intérêt général (aide à l’emploi, l’enfance, l’éducation, l’insertion, etc.) normalement prises en charges par les collectivités ou l’État et donc de circuits détournés d’aide publique. Lesquels donnent parfois lieu, comme c’est le cas pour le député Grosdidier, à des détournements à des profits politiques.

Engagée dans la lutte anticorruption, l’association Anticor tente d’alerter sur le sujet depuis maintenant plusieurs années, comme le souligne son secrétaire général, Pierrick Prévert :

Sur la réserve parlementaire, notre action vise surtout à la mobilisation et à l’information. À l’occasion des dernières législatives, nous avons fait signer la charte Anticor des engagements des candidats à la députation qui engage ses signataires à, notamment, “mettre un terme à la pratique féodale de distribution opaque et inéquitable de la réserve parlementaire”.

Cette démarche reste cependant isolée et les propositions pour lutter contre cette pratique ou bien l’encadrer, ne serait-ce que par la publication de ses comptes, tombent régulièrement dans l’oubli ou le consensus mou. Annonçant son intention de réformer le système, promettant la publication des données, le nouveau président de l’Assemblée, Claude Bartolone, n’a en fait donné comme instruction aux parlementaires socialistes que de limiter l’enveloppe et de respecter les délais administratifs, ainsi que d’éviter les petites subventions. Du côté du rapport Jospin, les mesures “techniques” s’accumulent sur les élections mais les mots “réserve parlementaire” n’apparaissent pas plus que le fameux “programme 122″. Non sollicité par la commission, le secrétaire général d’Anticor regrette ces piétinements :

Chaque petit pas est encourageant, et ces propositions vont incontestablement dans le bon sens mais il est très difficile de s’enthousiasmer tant elles sont en demi-teinte. Le rapport Jospin a 10 ans de retard. Il préconise la fin du cumul avec un mandat exécutif local. Sur le même sujet, la position d’Anticor qui n’est pas franchement révolutionnaire est : interdiction du cumul dans le temps (pas plus de deux mandats successifs), interdiction du cumul avec des mandats exécutifs, mais aussi avec des fonctions exécutives.

Parmi les quelques députés à s’être intéressés au sujet, feu Patrick Roy avait avancé la proposition de proportionner cette aide aux revenus des circonscriptions [pdf] (proposition tombée dans l’oubli une fois dépassé le délai légal de constitution d’un groupe de travail sur le sujet).

Crowdsourcing

Dès lors, il n’y a que deux options face à la situation : soit la réserve parlementaire est illégale car relevant de pratiques que la République réprouve, auquel cas elle devrait être supprimée. Soit elle relève d’une “aide aux collectivités territoriales”, comme l’avançait la députée Marie-Françoise Pérol-Dumont, auquel cas, elle doit être publique dans ses attributions comme dans ses dépenses.

Dans l’attente d’une démarche d’Open Data sur les montants attribués et dépensés dans ce cadre, qui nous apparaît comme la seule démarche logique quant à l’usage des deniers de l’État, Owni s’associe à Anticor pour inviter les citoyens à nous aider dans notre exploration des données déjà collectées. Sur la base du fichier constitué à partir des annexes du projet de loi de Finances, nous mettons à disposition le formulaire ci-dessous afin que chacun puisse, anonymement, signaler des liens dont il aurait connaissance entre une association bénéficiaire et un parlementaire ainsi que la source sur laquelle il s’appuie.

Au fil des jours, nous vérifierons et interpellerons les élus concernés ainsi que les associations. Nous réaliserons à partir des données recueillies des outils permettant de visualiser l’usage de la réserve ainsi que des systèmes de recherche pour faciliter l’accès aux informations contenues dans ces documents. Si nous venions à nous procurer des données complémentaires, elles seraient mises à disposition du public sur Owni et sur le site d’Anticor.

Ce projet ouvert sera mis à jour au fil des contributions et des découvertes. À moins que la décision ne soit prise de publier l’intégralité des attributions et de l’usage de la réserve parlementaire depuis ses origines.


Vendredi 16 novembre à 17h40, Jean-Michel Couve a recontacté Owni pour donner suite à nos questions. Il a confirmé être toujours président de l’association et être à l’origine de la subvention de 130 000€ qui lui a été versée au titre de la réserve parlementaire en 2011 :

Cette association existe depuis 10 ans et, du fait de l’absence de subvention (en dehors des cotisations des mairies membres), nous avions le choix entre tout arrêter ou faire une demande. J’ai donc décidé de verser l’intégralité de ma réserve pour l’année 2011 à cette association qui concentre son action sur une partie spécifique du territoire du Var : le dossier a été instruit par le groupe puis par les services de l’Etat, le ministère de l’environnement en l’occurrence, et personne n’y a rien trouvé à redire.

Interrogé sur l’usage de la réserve parlementaire, le député de la 4è circonscription du Var a défendu le système au nom des “multiples associations qui, depuis des années, ne survivraient pas sans les moyens alloués par ce biais”.


Photo par wand3rl0st[CC-byncnd]

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La cyberpropagande d’Obama et Romney http://owni.fr/2012/11/02/la-cyberpropagande-dobama-et-romney/ http://owni.fr/2012/11/02/la-cyberpropagande-dobama-et-romney/#comments Fri, 02 Nov 2012 13:32:59 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=124904

Mr et Mrs Sinker, mari et femme, assis sur un même canapé à Chicago, ont reçu en mars dernier le même mail de l’équipe de campagne de Barack Obama. Le même, à un détail près : M. Sinker se voyait proposer un don de 20$ et madame, de 25$. Une simple ligne corrigée automatiquement par une machine ayant eu accès à une information cruciale : Mme Sinker, 61 ans, avait auparavant été identifiée comme une grosse donatrice dans les fichiers du parti démocrate.

Analysés par ProPublica, les mails d'appel aux dons envoyés par l'équipe d'Obama en mars 2012 montraient des différences notables dans la formulation et les sommes demandés, selon que les sympathisants étaient enregistrés comme déjà donateurs ou non.


Les mystérieuses bases de données de Mitt Romney

Les mystérieuses bases de données de Mitt Romney

Aux États-Unis, le candidat républicain joue avec des bases de données (et avec la vie privée) de millions de potentiels ...

Décortiqué dans un graphique (voir l’illustration ci-dessus), ce cas d’école a été le départ d’une opération de reverse engineering (déconstruction d’un processus technologique) des “mail machines” des principales équipes de campagne. Si la première version du mail s’adressait en part égale à des hommes et à des femmes, donateurs réguliers ou non, pour une somme faible, la version 4 n’a été reçue que par des militants ayant déjà versé de l’argent, majoritairement des femmes, et proposait des montants allant de 0 à 300 dollars. La 5emouture, elle, s’adresse principalement à des hommes, seulement au-dessus de la trentaine et pour des petites sommes.

En faisant appel à ses lecteurs pour qu’ils partagent tous les mails reçus de la part des deux équipes de campagne, les journalistes du site ProPublica ont mis en place un système d’analyse comparative des différents mails envoyés avec pour objectif de prouver que ces équipes avaient recours à des systèmes automatisés de microciblage des militants.

Le 7 juillet, le site a ainsi analysé trois envois de l’équipe d’Obama. Grâce aux données récoltées par ProPublica, les journalistes ont pu classer les mails par “donation signal”, c’est-à-dire selon les montants des dons proposés lors des précédents mails. Aux profils gros donateurs, habitués aux mails demandant 220 à 280 dollars est envoyée une version remplie de liens de dons en un clic, prélevant automatiquement la somme proposée sur le numéro de compte enregistré. Pour les petits donateurs, bombardés de demandes de dons à moins de $40, il faut passer par une URL. Une preuve de la génération de mail “sur mesure” selon un critère renseigné dans les bases de données des partis.

Dans cette frise réunissant tous les mails transmis à ProPublica, chaque barre correspond au volume de mail envoyé par chaque équipe un jour donné, sa couleur correspondant à le nombre de variation par mail (tirant vers le rouge pour les plus optimisés).

Si l’analyse est encore en cours et les outils s’affinent au fil des jours, un résumé général donne à voir le bilan des mails déjà scannés. De mars à aujourd’hui, la quantité de mails est représentée pour chaque jour par une barre colorée, sur la ligne de l’expéditeur, dont la couleur change en fonction du nombre de variations, tirant vers le rouge pour les mails proposant le plus de versions différentes. Et dans les sondages comme dans l’utilisation des bases de données, Barack Obama semble conserver une avance certaine.


Illustration via la galerie Flickr de Nick Jugular [CC-byncsa]

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L’Uruguay tente l’Open Data à la demande http://owni.fr/2012/10/12/uruguay-tente-open-data-a-la-demande-quesabes/ http://owni.fr/2012/10/12/uruguay-tente-open-data-a-la-demande-quesabes/#comments Fri, 12 Oct 2012 07:00:26 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=122312 à la demande des citoyens. Lancé par une ONG militant pour l'accès démocratique aux données, QueSabes.org expérimente le concept en Uruguay. Interview d'un des initiateurs du projet, qui espère responsabiliser les politiques à coups de données ouvertes.]]> Lock in Hand - Photo CC by-nd Matt Dringenberg

Lock in Hand - Photo CC by-nd Matt Dringenberg

Quand nous sommes tombés sur QueSabes.org, nous avons cru quelques jours que l’Uruguay se positionnait en pointe du mouvement Open Data en Amérique du Sud. Ce n’est qu’après avoir discuté avec l’un des fondateurs de cette plate-forme que nous avons compris qu’il s’agissait là d’une initiative citoyenne  : demander aux Uruguayens les données qu’ils souhaitaient voir publier pour relayer ces doléances aux pouvoirs publics. Avocat de formation, enseignant-chercheur à la London School of Economics, le natif de Montevideo Fabrizzio Scrollini nous a exposé le projet qui l’anime depuis qu’il a découvert l’Open Data à l’anglaise.

Owni : comment est née l’idée du projet”Que Sabes.org” ?

Fabrizzio Scrollini : En m’installant à Londres, j’ai découvert les projets d’Open Data comme My Society et la Open Knowledge Foundation, qui impliquaient les citoyens dans le mouvement Open Data. De retour en Uruguay, j’ai réalisé qu’il y avait un terreau favorable pour ce type d’initiative : des programmeurs de la communauté du logiciel libre, des avocats et des chercheurs en sciences humaines s’intéressaient à l’impact de l’Open Data et voulaient en faire profiter le pays. Nous avons ainsi lancé DATA, une sorte d’ONG sous forme associative, composée de 35 bénévoles, une moitié de développeurs et une autre de scientifiques et de juristes. Le plus vieux à 35 ans ! Certains sont restés au pays, d’autres travaillent en Europe ou aux Etats-Unis : tout s’est monté par Skype et Google Chat ! Que Sabes.org est notre premier gros projet.

Tout s’est monté par Skype et Google Chat !

Pourquoi avoir choisi l’Uruguay pour lancer cette première initiative ?

Pour commencer, une partie des membres fondateurs de DATA sont originaires de ce pays (même s’il y a aussi des Anglais et des Américains, notamment). Ensuite, le pays a des caractéristiques intéressantes pour un tel projet : l’accès au web est supérieur à la moyenne (56%), il y existe une tradition forte de défense des droits de l’homme et elle constitue un bon terrain d’expérimentation à petite échelle avant de s’attaquer à de plus grandes zones géographiques.

Comment fonctionne Que Sabes ?

Le portail propose à chacun de déposer des demandes de données et de consulter celles qui ont déjà été déposées et transmises aux autorités. Le fait de pouvoir consulter les demandes déjà déposées est en soi une révolution car, du côté des pouvoirs publics, il n’y a aucun moyen de connaître le nombre de demandes et leur nature. Nous ne censurons rien mais nous excluons de la recherche les messages insultants pour l’Etat, ce n’est pas notre propos. En une semaine, nous avons reçu une centaine de demandes mais, au vu des statistiques, nous pensons que la cadence doublera assez vite. Une vingtaine portait sur la criminalité, beaucoup également sur la santé et le logement. D’autres sont plus “piquantes”, comme les questions portant sur le salaire des fonctionnaires. Mais nous ne jugeons pas les demandes, nous les prenons telles quelles.

Nous ne jugeons pas les demandes, nous les prenons telles quelles.

Quelle lien entretenez-vous avec les autorités ?

Nous avons des contacts informels avec des agents qui sont plutôt favorables à l’Open Data. En revanche, quand nous faisons des demandes aux administrations, les attitudes sont très variables. La mairie de Montevideo est très réticente malgré sa politique d’Open Data : les avocats de la ville réclament que chaque demande passe par un formulaire à télécharger en PDF sur leur site à déposer aux heures d’ouvertures de leurs bureaux. Pour ceux qui habitent à plus de 200 kilomètres de la capitale, c’est un peu compliqué ! Le National Service Office qui est chargé de la rémunération des fonctionnaires est tout aussi procédurier. A l’inverse, la présidence de la République s’avère particulièrement coopérante. Nous devons donc jouer avec son champ de compétences pour trouver les données que nous cherchons : nous avons pu récupérer grâce à elle des données sur la sécurité routière, l’environnement ou la criminalité. Il faut se frayer un chemin dans les prérogatives de chaque administration et ça rend la recherche et l’obtention des données parfois délicate. Mais il est essentiel d’être en contact avec les autorités car ce sont elles qui fixent les standards techniques et les formats des données dont nous relayons les demandes.

Les avocats de la ville réclament que chaque demande passe par un formulaire à télécharger en PDF sur leur site à déposer aux heures d’ouvertures de leurs bureaux.

L’Uruguay dispose-t-il d’une législation pour favoriser l’Open Data ?

La loi 18-381 d’octobre 2008, ou ley de acceso a la informacion publica, garantit théoriquement l’accès libre des citoyens aux données publiques. Sauf qu’en pratique, la tournure juridique uruguayenne a tendance à dénigrer les citoyens et leurs exigences. L’agence de e-gouvernement qui est chargée de son application est favorable à notre initiative  : elle nous a même prêté ses locaux pour le lancement officiel ! Mais le reste de l’administration n’est pas forcément au même niveau.

Quelle relation avez-vous avec le tissu des ONG sud-américaines  ?

Il y a une rupture très nette entre organisations à l’ancienne et organisations nées de l’essor des communautés numériques. Nous espérions pouvoir combler l’écart car les dissonances que provoque cette rupture ne sont pas favorables à des projets à l’échelle du continent. L’ONG uruguayenne Centre d’archivage et d’accès à l’information public (ou CAinfo) nous soutient depuis le début et nous avons également reçu les encouragements de l’Unesco.

Il y a une rupture très nette entre organisations à l’ancienne et organisations nées de l’essor des communautés numériques.

Quelles sont vos sources de financement  ?

Nous sommes tous bénévoles et nous mettons de notre poche pour les frais que génère le projet. Notre seule dépense réelle pour le moment a consisté à faire venir à Montevideo des activistes du Brésil, du Chili et d’Espagne pour le lancement de QueSabes.org. Quant au logiciel, il s’agit de Alaveteli, un programme open source développé par Francis Irving en Angleterre et qui fait tourner d’autres plates-formes du même type, comme What do they know. Nous avons pour projet de nous constituer en coopérative afin de garantir notre indépendance financière, ce qui est crucial au regard de notre projet.

Quels développements prévoyez-vous pour QueSabes.org ?

Que Sabes vise un projet de sensibilisation civique. Nous voudrions pouvoir offrir des stages aux jeunes pour leur apprendre à demander et trouver les informations qu’ils cherchent, en s’appuyant sur le programme One laptop per child, qui leur offre l’outil de base de leur recherche : un accès à Internet. Si nous réussissons notre expérience en Uruguay, nous envisageons de le répliquer au Paraguay voire dans des états d’Argentine… Toujours dans une démarche ouverte et coopérative. Il y a énormément de place pour les projets collaboratifs en Amérique latine.


Lock in Hand – Photo CC [by-nd] Matt Dringenberg

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Mémoires (vives) d’Algérie http://owni.fr/2012/07/04/memoires-vives-dalgerie/ http://owni.fr/2012/07/04/memoires-vives-dalgerie/#comments Wed, 04 Jul 2012 21:18:43 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=115379 El Watan : Mémoires d'Algérie. Une application interactive permettant de visiter quantité d'archives étatiques, militaires et privées. Un point de rencontre numérique où nous mettons à la disposition de tous des documents racontant autrement la guerre qui déchira Français et Algériens ; en marge des versions officielles. ]]> Mémoire(s) d'Algérie

Le 19 mars dernier, 50 ans après les accords d’Evian, nous lancions en partenariat avec le journal algérien El Watan, l’application Mémoires d’Algérie. Le parti pris éditorial était fort : permettre de raconter une autre Guerre, déconstruire par des faits les images tissées au fil des discours officiels, de part et d’autre de la méditerranée. Grâce à l’association de journalistes algériens et français, unis dans ce projet.

Nous avions d’un côté des témoignages recueillis par El Watan, racontant le quotidien de ces années de guerre, dévoilant les histoires personnelles, les déchirures familiales, une matière humaine brute. De l’autre, des milliers de documents officiels, militaires et administratifs, que nous avions pu récolter en fouillant les archives de divers services de l’État français et que nous avions décidé de rendre publics. Une considérable base de données qui retraçait cette histoire commune, dans toute sa complexité.

Il a fallu organiser ces milliers de documents, les indexer, penser l’ergonomie, le design et coder cet objet web qui devrait permettre à chacun de parcourir ces documents et de questionner son histoire. Nous souhaitions que ce musée virtuel se construise surtout à travers ceux qui viendraient le parcourir et l’enrichir. Nous l’avons mis en ligne et nous avons attendu.

Un musée vivant

Il ne nous a pas fallu longtemps pour être émus par de simples chiffres. Des statistiques qui venaient confirmer une intuition et valider une démarche journalistique collaborative que seul permet le web. Près de 30.000 visites la première semaine et un chiffre qui s’est stabilisé autour de 8.000 visiteurs uniques dans les semaines qui ont suivies.

Au-delà des simples “visites”, ce sont deux autres données qui nous ont marquées. La répartition de la provenance géographique de ces visiteurs tout d’abord : après bientôt quatre mois de vie en ligne, l’équité est presque totale entre Algérie et France, chacun réunissant en moyenne 40% des visites. Le temps passé sur le site ensuite : plus de six minutes (!) pour une moyenne de 6 pages/visite.

Ces chiffres donnent corps à ce musée virtuel. Des personnes y viennent, y restent et explorent la masse de contenus que nous avons posés sur la place publique. Cette histoire est vue, lue et réappropriée. Mieux : elle est enrichie. Via l’adresse mail mise à disposition des visiteurs, nous avons reçu de nouveaux témoignages que nous avons intégré au fur et à mesure dans la la base de données. Des collections personnelles de photos d’époque (près de 2000 à ce jour) sont arrivées scannées à la rédaction d’El Watan. De quoi nourrir encore longtemps ce musée vivant.

Alors que François Hollande vient de rendre hommage aux victime de la répression sanglante du 17 octobre 1961, il est plus que jamais essentiel de garder ouvertes les portes de ce musée. Et d’inviter tous ce qui le souhaitent à venir y contribuer. Car cette histoire nous regarde tous.


Nos remerciements appuyés à nos confrères d’El Wanatn, dont le sérieux et la constance ont permis à ce projet de prendre toute sa dimension.
Design de l’application Mémoires d’Algérie par Marion Boucharlat
Photo de couverture issue des archives de la famille Moussa, en ligne sur Mémoires d’Algérie (El Watan/Owni)

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La petite révolution de l’intelligence collective http://owni.fr/2012/05/04/la-petite-revolution-de-lintelligence-collective/ http://owni.fr/2012/05/04/la-petite-revolution-de-lintelligence-collective/#comments Fri, 04 May 2012 13:29:36 +0000 Anaïs Richardin http://owni.fr/?p=108934

Le jeu est un élément important de notre société et nombreux sont ceux qui voient l’évolution vers l’homo ludens (homme qui joue) comme sa caractéristique majeure. Partant de ce constat, de nombreux chercheurs organisent la première conférence internationale dédiée à l’exploitation de l’intelligence collective à travers le jeu. Intitulé “Harnessing collective intelligence with games“, ce premier workshop se tiendra en septembre 2012 en Allemagne. Il vise à approfondir la question émergente de l’utilisation de larges groupes de participants pour réaliser certaines tâches par le biais du jeu, véritable catalyseur d’intelligence collective.

Il sera question de crowdsourcing et de crowdsolving, d’human computation et de bien d’autres phénomènes aux noms barbares difficiles à traduire en français. Pourtant ils décrivent tous une tendance que l’on tend de plus en plus à adopter : la combinaison des capacités de l’intelligence humaine et des puissances de calcul numériques  Puisque l’être humain a encore l’apanage de certaines facultés comme le jugement esthétique, la prise de décisions basées sur l’intuition, le raisonnement critique etc, autant les mettre à profit. Mais à l’inverse des ordinateurs qui ne nécessitent que d’un peu d’électricité pour fonctionner, les humains ont besoin d’être en permanence motivés pour leur contribution. Une motivation qu’ils pourraient trouver dans le jeu et ses mécaniques.

Pour Markus Krause, doctorant de l’université de Brème travaillant sur l’intelligence collective et son utilité publique, humains et machines doivent travailler main dans la main :

La combinaison des aptitudes intellectuelles humaines et de la puissance des ordinateurs pour stocker et diffuser les données peut être un modèle très efficace pour venir en aide à l’humanité

Le crowdsourcing (utilisation de nombreuses personnes pour réaliser une tâche) a vu le jour dans un article de Jeff Howe pour le magazine Wired en 2006. Si le mot était une nouveauté, ce qu’il décrivait en revanche existait depuis longtemps.

Tout a commencé avec les CAPTCHAs créés par Luis Von Ahn de l’université Carnegie Mellon au début des années 2000. Si vous avez déjà ouvert une boîte mail ou rempli un formulaire en ligne, alors il y a de fortes chances que vous connaissiez les CAPTCHAs. Ce sont des petits tests qui permettent de différencier un utilisateur humain d’un ordinateur, empêchant les robots malveillants d’envoyer des réponses automatisées dans le cas de sondage, le phishing et toute autre activité de spam ou d’extraction de données. Ce test est basé sur la capacité d’analyse de l’humain. Deux suites de lettres sont présentées, parfois distordues pour rendre leur analyse possible aux humains mais difficile aux robots. Lors d’une conférence TED, Luis von Ahn a expliqué s’être demandé comment utiliser le temps passé à déchiffrer les CAPTCHAs dans un but précis et utile à tous. Une réflexion qui l’a conduit à créer reCAPTCHA, aujourd’hui universellement utilisé :

200 millions de CAPTCHAs sont tapés chaque jour à travers le monde. Avec une moyenne de dix secondes par CAPTCHA, cela fait 555 000 heures par jour. Pendant ces dix secondes, votre cerveau fait quelque chose d’extraordinaire, il réalise quelque chose dont sont incapables les ordinateurs. Je me suis alors demandé si on pouvait faire quelque chose d’utile de ces dix secondes. Il y a des problèmes que les ordinateurs ne peuvent résoudre mais que, d’une certaine manière, nous pouvons diviser en morceaux de dix secondes et chaque fois que quelqu’un tape un CAPTCHA, il résout une partie du problème. Désormairs, quand vous tapez un CAPTCHA, non seulement vous vous identifiez comme humain mais en plus vous nous aidez à numériser des livres.

C’est ainsi que ReCAPTCHA est né. Racheté par Google en 2009, ce système permet en effet d’analyser les parties de livres numérisés par Google Books que la reconnaissance optique (OCR) ne parvient pas à déchiffrer (environ 20% d’un texte). Sur les deux suites de lettres proposées, il y a un CAPTCHA déjà vérifié par l’OCR qui permet de vous identifier comme humain et l’autre, dont la signification est incertaine et que vous allez déchiffrer. Pour Luis von Ahn, le logiciel est un vrai succés :

Nous sommes en moyenne à 100 millions de mots numérisés par jour, ce qui nous donne 2,5 millions de livres par jour. Près de 10% de la population mondiale soit 750 000 000 personnes ont aidé à la numérisation des livres jusqu’à présent.

Et son ambition l’a mené bien plus loin qu’à la numérisation de livres. Lors d’un entretien avec un journaliste de Wired, Luis von Ahn a confié :

En fait, je voudrais rendre l’humanité plus efficace en mettant à profit le temps gâché

Le temps gâché ou ces moments d’oisiveté auxquels nous nous adonnons tous seraient donc sa cible, pour notre plus grand bien. En 2008, il crée les Games with a Purpose (GWAP), des petits jeux en ligne qui servent un objectif autre que la distraction. En jouant aux GWAP, les utilisateurs pallient l’incompétence des ordinateurs dans la réalisation de certaines tâches. Chaque joueur est aléatoirement associé à un autre et l’équipe constituée a un temps limité pour gagner le maximum de points. Le jeu ESP par exemple, vise à légender des images. Une même image est présentée aux deux joueurs qui doivent proposer des mots-clés précis. Lorsque les deux joueurs proposent la même légende, celle-ci est enregistrée et l’image suivante apparaît. Il y  a une interaction entre les joueurs qui les poussent à revenir vers ces jeux simples qui permettent de déchiffrer le web et le rendre plus complet.

De nombreuses entreprises et institutions publiques ont suivi cet exemple et ont préféré mettre à profit la capacité de traitement d’information de cerveaux humains plutôt que d’ordinateurs. La NASA a ainsi décidé de faire appel aux humains pour l’aider à gérer le flot d’informations et de données qu’elle reçoit et créer une base de données. Avec le jeu ZOOniverse, les utilisateurs sont notamment invités à analyser la taille et la profondeur des cratères de la Lune, permettant à la NASA de les répertorier. Une sous-traitance non négligeable, gratuite et efficace là où même les algorithmes les plus puissants échouent.

Mais le crowdsourcing ne s’arrête pas à la simple analyse d’image, comme l’expliquait Adrien Treuille, créateur de Fold.it, lors d’une conférence Solve for X :

Lorsque l’on pense crowdsourcing, on pense à la réalisation de tâches simples comme la reconnaissance d’images et de motifs mais avec un groupe important de personnes qui travaillent avec des données et de l’intelligence artificielle, il est possible de résoudre des problèmes qui se trouvent à la limite de la connaissance humaine

C’est ce qui s’est passé avec Fold.it (Plie-le), un jeu développé par des universitaires américains qui a permis de découvrir la structure d’une enzyme qui joue un rôle clé dans la propagation du VIH. Ce qui avait bloqué les scientifiques pendant 10 ans fut résolu en 10 jours par 40 000 personnes qui ont joué à ce jeu en ligne. Les résultats obtenus par les joueurs pourraient constituer une percée majeure dans le traitement du virus. Un cas d’école de la force de l’intelligence collective catalysée par le jeu et chaque participant s’est vu crédité aux cotés des scientifiques pour cette avancée significative.

En 2006, Thomas W.Malone, directeur du Centre pour l’intelligence collective du prestigieux MIT se demandait :

Comment peut-on connecter des personnes et des ordinateurs pour que, collectivement, ils agissent avec plus d’efficacité que n’importe quel individu, groupe, ou ordinateur ne l’a jamais fait ?

Pour Luis von Ahn, le secret est simple : transformer des problèmes complexes en jeux, simples et addictifs. Une recette qui a certainement permis le succès des GWAP.

Ce type de jeu repose aussi sur des experts qui, jusque là s’ignoraient, comme l’a expliqué Adrien Treuille lors de la conférence Solve for X:

Foldit a permis de filtrer des centaines de milliers d’internautes et de trouver ceux qui ont une véritable expertise dans la réalisation de certaines tâches. Je peux imaginer que dans le futur, alors que des défis se présenteront à nous, nous pourrons inventer des jeux et des puzzles qui reposent sur les aptitudes requises, et trouver les personnes qui seront des experts pour ce type de problèmes.

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Dans cette même veine de jeux scientifiques, l’université McGill au Canada a crée un jeu, Phylo, qui fait appel aux capacités humaines pour arranger les séquences ADN et ainsi participer à la recherche génétique. Les séquences ADN, transformées en formes géométriques colorées doivent être alignées et les formes similaires doivent être associées les unes aux autres tout en évitant les trous qui symbolisent les mutations. Pour les concepteurs du projet, la combinaison humains/ordinateur permet d’obtenir de meilleurs résultats :

Les solutions générées par les utilisateurs peuvent être utilisées pour améliorer la qualité des alignements calculés par les algorithmes classiques. Ces résultats ne montrent pas que l’homme est meilleur que la machine mais plutôt que nous avons une symbiose entre l’humain et l’ordinateur

Dans ces jeux où l’on fait appel à l’intelligence collective, les leviers de l’engagement sont nombreux. La reconnaissance sociale par les pairs, la réputation et l’interaction humain-ordinateur jouent un rôle important dans les jeux qui participent d’une avancée scientifique. Cependant la gratification ou les mécaniques du jeu telles que la géolocalisation, la collaboration ou encore les missions sont des ressorts de bien d’autres jeux qui font appel au crowdsourcing.

Le projet Noah par exemple est une application qui permet à ses utilisateurs de contribuer à l’élaboration d’une documentation sur la vie sauvage de leur lieu de vie. Des missions incitent une communauté de citoyens à photographier, taguer, identifier et en apprendre plus sur la faune et la flore locale. Toutes ces données agrégées sont une précieuse aide apportée aux chercheurs et permettent d’établir une base de données qui peut être mise à jour en temps réel et qui est accessible par tous.

La motivation est importante dans ce type de jeux qui oeuvrent pour le bien commun. Une motivation qui prend parfois la forme de gratifications qui collent au plus prés des attentes des participants. Le Japon par exemple a eu une idée pour redorer son image, sinistrée après le passage du tsunami, et ainsi relancer le tourisme, en crise depuis la catastrophe.

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Puisque les premières images sur  Google des terres dévastées pouvaient jouer en leur défaveur, des étudiants de la Berghs School of communication en Suède ont donné un coup de pouce à l’office du tourisme japonais. Il leur est apparu essentiel de redonner au pays une image attrayante. Quels meilleurs ambassadeurs pour le Japon si ce n’est les touristes qui y sont en visite ? Ils ont donc crée une application, « Post from Japan », à partir de laquelle les touristes peuvent télécharger leurs clichés du pays. Le but ? Encourager le partage de ces photos souvenir sur les réseaux sociaux en offrant du temps de connexion gratuit sur le réseau Wi-Fi du gouvernement. Et pour chaque like, l’utilisateur se voit offrir 3 minutes de connexion supplémentaire. Ingénieux quand on connait le tarif d’une connexion internet sur mobile à l’étranger. Une application qui permet de repousser chaque jour un peu plus les photos du désastre des premières pages de Google Image.

Par le truchement du jeu et de motivations extrinsèques, l’homme est donc capable, sans même aucune connaissance en la matière, de contribuer à des avancées dans de nombreux domaines, qu’ils soient scientifiques, sociaux, environnementaux ou autres. À l’avenir, des nouveaux systèmes pourront même permettre de tirer réellement profit d’une expérience, tout en contribuant massivement à améliorer la qualité de navigation sur le web. Avec Duolingo.com par exemple, disponible en version bêta, les utilisateurs peuvent apprendre une langue étrangère, gratuitement et par niveaux, tout en aidant à la traduction de pages web.


Illustrations et photos sous licences Creative Commons par Elirook et Wi_2Photography via Flickr

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Les data en forme http://owni.fr/2012/03/12/les-data-en-forme-episode-24/ http://owni.fr/2012/03/12/les-data-en-forme-episode-24/#comments Mon, 12 Mar 2012 17:31:47 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=101724 HACK THE ELECTIONS! est un “hackathon” civique imaginé par la jeune et ardente équipe de Voxe.org – dont nous vous avons déjà parlé récemment. Il se déroulera le week-end du 17 et 18 mars prochain au Camping à Paris.

Le principe du hackathon est simplissime : se faire rencontrer des gens de bonne volonté, possédant divers talents complémentaires – et quelques heures de sommeil en trop – autour d’un défi. Ouvert à tous les développeurs, designers, ou simplement apporteurs d’idée(s) qui souhaitent renouveler le débat démocratique en utilisant la puissance de l’API du site Voxe, ce défi consistera à former la meilleure équipe autour d’un projet d’application qui aidera les citoyens et électeurs à faire le meilleur choix les 22 avril et 6 mai prochains.

L’inscription au hackathon est gratuite dans la limite des places disponibles.

Et comme on est sympas chez les data, on n’hésite pas à vous partager le programme :

Samedi
9h30 Accueil des participants autour d’un petit déjeuner
10h00 Présentation de Voxe.org, de son API et des objectifs du week-end
10h30 Briefing
-L’Open Data et ses enjeux, par Data Publica
-Le Data Journalism, un nouveau paradigme? par OWNI
11h10 Brainstorm et pitch d’idées, constitution des équipes
12h30 Pause Déjeuner
14h00 Conceptualisation et réalisation des applications

Dimanche
9h30 Sprint final
12h30 Pause Déjeuner
17h30 Présentation des prototypes au public, retours du jury
18h30 Cocktail

Voxe est une association qui vit sur le courage de ses fondateurs. Si vous souhaitez encourager cette initiative citoyenne, vous pouvez participer à l’enrichissement de sa base – en devenant une maille du crowdsourcing qui se veut au centre du projet – ou même soutenir la plate-forme sur la page KissKissBankBank de Voxe.org.

GOUVCAMP est la deuxième manifestation à laquelle s’est associée OWNI. L’évènement se tiendra le 10 avril prochain à l’initiative de l’équipe de Démocratie Ouverte (@OpenGovFR).

Au cours de ce barcamp à la française dédié à l’OpenGov, citoyens, politiques, agents publics, développeurs, designers, syndicats, journalistes, chercheurs, viendront “inventer la démocratie de demain” et contribuer à définir et améliorer – notamment en validant sa méthodologie – une plate-forme inédite qui a pour ambition de chambouler le paysage politique du pays en éliminant les obstacles entre le “simple citoyen” et la promulgation de la Loi.

Cette plate-forme, Citoyens et Parlement “vise à expérimenter une plateforme web open source (SmartGouv) au niveau du Parlement, avant sa mise à disposition au profit des collectivités locales et des administrations. Totalement paramétrable, SmartGouv permet aux élus de collaborer avec les parties prenantes selon les modalités (consultation, concertation, coproduction, codécision…) adaptées à leur contexte et besoins.”

Inventer la démocratie de demain

L’objectif du projet Citoyens et Parlement est de renforcer l’efficacité des décisions publiques et la confiance des citoyens envers leurs représentants, en leur permettant de se mettre à l’écoute de la diversité des opinions que les partenaires sociaux ne suffisent plus à incarner, et de compenser l’influence des lobbies dont la légitimité est des plus contestables en l’absence de règles clairement établies.

N’hésitez pas à venir partager vos compétences et idées au cours de ces évènements, histoire de participer à une ouverture accrue de notre démocratie par les données.

Mise à jour du 15 mars 2012 à 18h33 : Le site Parlement et Citoyens est désormais ouvert.

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Les data en forme http://owni.fr/2012/03/05/les-data-en-forme-episode-23/ http://owni.fr/2012/03/05/les-data-en-forme-episode-23/#comments Mon, 05 Mar 2012 11:36:45 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=100667 OWNI vous embarque dans un projet de démocratie ouverte et dans de jolis univers graphiques issus de l'Open Data. Le monde de la donnée peut être beau, et vous pouvez être beau ou belle à l'intérieur de ce monde-là.]]>

Le Centre de pédagogie urbaine (CUP) est une organisation à but non-lucratif qui tente d’améliorer l’engagement citoyen au moyen de l’art et du design. Ses projets “démystifient les politiques urbaines et les problèmes d’organisation qui ont un impact sur nos quartiers, pour que davantage d’individus puissent participer à leur modélisation”. Le projet “Envisioning Development: What is Affordable Housing?” [en] apporte un souffle de vitalité passionnant dans le monde en mouvements qui est le nôtre, et qui tourbillonne chaque jour davantage sous les frétillements de la masse curieuse devant l’inévitable. Le monde change, les citoyens s’emparent des sujets centraux de la société. C’est nouveau, et ça va tout changer.

L’idée de “affordable housing” (logement abordable) peut paraître banale, comme l’indique le site, sauf qu’il revêt souvent de nombreuses significations selon la position que vous vous attribuez sur l’échelle sociale. Le CUP a donc réalisé un atelier interactif en kit permettant de comprendre pourquoi la seule question vraiment importante à se poser au moment de bâtir des logements est : “abordable pour qui ?”. Un kit qui encourage donc le citoyen à devenir le porte-voix de la raison par la data afin d’évangéliser d’autres citoyens ainsi que les élus. Sans aucun doute la première graine new-yorkaise d’une longue série d’initiatives populaires qui viendront essaimer nos contrées au gré du vent printanier.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La data è mobile

Plus près de chez nous, l’un des joyaux culturel européen a rouvert cette semaine son portail Open Data : Florence [it]. Après un lancement discret en octobre dernier, la cité toscane se relance modestement en ajoutant à son patrimoine 180 petits jeux de données en licence CC-BY, et en enrichissant son offre d’une section de geodata permettant la création aisée de cartes, ainsi qu’en commençant à publier tout le bazar en Linked Open Data, autant dire que ça rigole pas.

En tout cas, les Florentins devraient permettre à l’Italie de remonter au classement PSI [en] élaboré par la plate-forme européenne du même nom, PSI signifiant “Public sector information”. Ce classement, toujours en version beta, est “un outil pour mesurer le niveau de l’Open Data et de la réutilisation des données publiques à travers l’Europe”. Le principe est amusant, sans grande prétention, et possède deux atouts à nos yeux : tout d’abord, c’est un projet entièrement fondé sur le principe du crowdsourcing, c’est-à-dire que l’EPSI compte sur les spécialistes de l’Open Data locaux pour remonter les initiatives de chaque pays ; en échange de quoi, l’ensemble des données récoltées seront reversées à la communauté lorsque le classement sortira de sa phase beta – ce qui serait imminent. Deuxième initiative plaisante : l’utilisation de la toute jeune plate-forme de création de visualisation de données infogr.am. Et ça, c’est vraiment bon esprit.

Tête dans le flux

L’Open Data et l’Open Gov, on sait évidemment en faire en France. (Tiens, petite bulle hors du temps, la lecture d’un récent billet du jeune patron des Données Ouvertes tricolores cause démocratie et transparence, gardons-le sous le coude.) La Poste, elle aussi, aime ça. Elle aurait tort de se priver : avec son incomparable maillage, avec les flux continus de matière qu’elle transmet quotidiennement au cœur de la société, avec l’époustouflant réseau qui tisse et relaie l’information en permanence, elle possède une sacrée matière à exploiter. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait en s’associant avec le laboratoire FaberNovel : en se basant sur “le fichier anonymisé des changements d’adresse de La Poste”, elle a démontré sa dextérité dans le maniement de la visualisation dynamique en mettant en scène de manière fort esthétique “les mouvements des familles depuis et vers les Bouches-du-Rhône” en 2009. En vert c’est d’où ça vient, en rouge c’est où ça va. Le projet “Flux2” est tout simplement beau à regarder.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Puisque nous en sommes aux (télé-)communications, on pourra aussi jeter un oeil cette semaine à l’intéressante initiative Sensor.ly, qui “aide les opérateurs mobiles à améliorer la qualité de leurs réseaux” grâce à une communauté de testeurs enregistrant quotidiennement “la présence de couverture et la puissance du signal radio reçu par leur terminal”. On aura compris que le projet, qui veut offrir au grand public un moyen simple de comparer la couverture des opérateurs mobile à travers le pays, aura donc besoin d’étoffer ladite communauté de testeurs s’il veut gagner en ampleur et en crédibilité. En tout état de cause, l’idée est bonne, et nous avons hâte de voir comment elle évoluera, et de quelle manière les opérateurs – qui n’ont pas toujours énormément d’humour lorsqu’il s’agit de mettre le doigt publiquement sur la qualité de leur service – s’empareront de ce sujet qui concerne la majeure partie de la population.

Datalife

Et puisqu’on en est à parler mobile et qu’on a toujours un immense plaisir à faire tourner les jolies data, un hommage à la Suisse et au projet “Ville Vivante” qui (re)trace de manière enthousiasmante la circulation permanente des téléphones au sein de la ville de Genève. Ce n’est pas la première fois que nous partageons notre admiration pour cette façon originale, comme gavée aux particules élémentaires, de fabriquer des cartes (é)mouvantes pour représenter la data. Celle-ci comme les autres semble unique, figée dans une géographie temporelle et féérique, abîmée dans l’irréel et l’abstraction d’un monde pourtant bien concret au travers des milliards de bits de données qu’il a fallu rassembler pour la produire.

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Un petit concerto de J.S. Bach et le talent de Stephen Malinowski pour vous souhaiter une magnifique semaine à tou(te)s !

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Retrouvez tous les épisodes des Data en forme !

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Les Data en forme http://owni.fr/2011/12/05/corruption-data-finlande-tunisie-population-musique/ http://owni.fr/2011/12/05/corruption-data-finlande-tunisie-population-musique/#comments Mon, 05 Dec 2011 07:32:58 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=89090 C’est à ce moment précis que vous pouvez monter le son et mettre en pause quelques minutes éblouissantes de votre vie.

Stephen Malinowski a pratiqué le piano durant deux décennies avant d’entamer une carrière de programmeur. À la croisée de ces chemins est née la machine à animer la musique, concept phénoménal de visualisation réalisé grâce à un simple petit logiciel de sa fabrication. Nous vous proposons ci-dessous un peu d’émerveillement grâce à la célébrissime Nocturne opus 9 n°2 en mi bémol majeur de Frédéric Chopin, qu’il composa lorsqu’il avait tout juste vingt ans. Et nous vous encourageons vivement à partir à la découverte de l’univers géométrique de Malinowski : vous rêverez alors de ronds, de carrés, de losanges et de couleurs arc-en-ciel.

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“Cette époque est désaxée”

Vous connaissez sans aucun doute l’ONG Transparency International, qui lutte contre la corruption dans le monde en enquêtant sur le terrain et en remontant les informations à la population et au plus haut niveau des États. Chaque année, cette organisation publie son indice des perceptions de la corruption, et 2011 est l’occasion de mettre en forme toutes ces données [zip] (récoltées via 17 sources auprès de 13 institutions) à l’aide d’une élégante dataviz. Sans surprise, la Norvège, la Suède, la Finlande et le Danemark – accompagnés de la Nouvelle-Zélande et de… Singapour – sont les pays dont les pouvoirs publics sont les moins corrompus du monde. Nous vous laissons découvrir quels sont les 12 Etats à l’autre bout de cet index.

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“The Proxy Platform” (qu’on traduira un monde de mandataires) est une pièce fascinante du Projet de Couverture de la Corruption et du Crime Organisé (OCCRP), réseau de journalistes d’investigation d’Europe de l’est et d’Asie centrale. Cette cartographie de haut-vol met en lumière l’énorme travail de recherche qu’il a été nécessaire de déployer pour comprendre les mécanismes les plus insidieux de la corruption, des falsifications d’identités – souvent aux dépens des citoyens incriminés -, des politiciens véreux, des crapules de tous bords et des banquiers fantômes. Le principe de la cartographie est simple et efficace : un “proxy” (mandataire), une entreprise-fantôme, une banque – une bulle contextuelle qui apparaît, une histoire-enquête à lire. Et une passionnante et inédite grille de lecture de ces réseaux d’influence.

Plus humoristique, mais pas moins sérieux, l’initiative du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en faveur du renouveau en Tunisie : La bourse de la corruption est une plate-forme de crowdsourcing et de visualisation en direct d’un cours fictif des différents actes de corruption possibles dans un pays en transition démocratique. On y vérifiera donc si l’achat d’un match de foot vaut toujours plus que le passage en douce d’un container à la douane, ou si l’obtention “amicale” d’un permis de conduire équivaut toujours plus ou moins à vingt fois le pot-de-vin nécessaire pour l’annulation d’une amende au feu rouge. Nos lecteurs tunisiens sont invités à participer à l’enrichissement de cette application citoyenne. Et ceci n’est pas une tentative de corruption.

“Être ou ne pas être”

Eloignons-nous de la corruption pour deux petites datavisualisations politiques franchouillardes que nous avons aimé cette semaine.

La première nous a été soufflée par Anthony Veyssière (merci à lui) et concerne l’élection présidentielle française – posant la question que nous nous posons tous : qui tweete le mieux ?
ReTwhit2012 est ainsi une web-application qui “récupère les tweets de personnalités politiques françaises via l’API de Twitter et les classe en fonction de leur nombre de retweets et de la date”, soumise au concours #Googleviz que nous avions récemment évoqué dans un autre épisode des Data en forme. Nous souhaitons donc bonne chance (s’il en est) à Anthony pour ce sympathique projet.

Autre habitué de la bidouille, le journaliste de données du Monde.fr Alexandre Léchenet, qui a fait un passage chez OWNI , est le co-auteur de la récente cartographie des batailles de Paris auxquelles nous risquons fort d’assister lors des prochaines législatives au printemps. Une carte Google, un peu de découpage, du contexte, et voici la capitale cisaillée et expliquée avec limpidité.

“Qui meurt paie ses dettes”

Nous vous avons précédemment guidé vers le travail de Jenn Finnas pour sa carte Occupy Wall Street. Nous nous tournons aujourd’hui vers une autre partie de son corpus : Qui sont les plus riches Finlandais ? Grâce à une représentation très épurée, Finnas met en lumière un certain de nombre de vérités dévoilées tous les mois de novembre en Finlande par les services des impôts (vous savez, ceux qui ne sont pas corrompus). Par exemple : ce ne sont pas ceux qui travaillent le plus qui gagnent le plus. Et autres joyeusetés du même goût. Pour la partie technique, le (data-) journaliste, habitué de D3.js – dont on vous a déjà causé plusieurs fois – et de Protovis, s’est emparé cette fois-ci de Raphael.js.

Il ne vous a pas échappé que nous avions récemment passé le cap officiel des 7 milliards d’êtres humains sur Terre. Cet événement donne lieu à une avalanche d’inspirations graphiques – plus ou moins heureuses, dont nous avons fait le tri ici ou . Cette semaine, nous vous avons sélectionné une infographie originale nommée Seven Billion. Rassurez-vous, si l’originalité n’est pas dans le titre, elle est bel et bien dans la réalisation : son allure “sci-fi” offre un confort de lecture pas si fréquent, et le choix des données utilisées et comparées est d’une grande pertinence. Saviez-vous, par exemple, qu’il y avait sur notre planète 350 millions de tonnes d’êtres humains – soit 8,5 fois moins que la masse totale de fourmis ? Saviez-vous que nous, sept milliards que nous sommes, comptons pour 0,00018% de la biomasse terrestre mais que nous utilisons 20% des ressources du sol sur lequel nous vivons ? Savez-vous à quoi ressemble l’être humain type ? Vous le découvrirez grâce à cette élégante visualisation.

Pour terminer cet 11e épisode des Data en forme, nous vous proposons une nouvelle “histoire par les cartes” (Map Stories) racontée par l’ESRI : Our Global Footprint place savamment les débiteurs et les créditeurs de l’empreinte carbone mondiale. Ces spécialistes examinent la biocapacité disponible (c’est-à-dire la capacité de la nature à produire des biens utiles et à absorber nos déchets tels que les émissions de dioxide de carbone) et la mette en balance avec notre empreinte écologique.


Retrouvez les précédents épisodes des Data en forme !
Les illustrations sont des captures d’écran des sites mentionnés ; les intertitres sont de William Shakespeare.


Auto-promo : 22Mars, la société éditrice d’OWNI, a développé et dévoilé cette semaine une application d’Open Data “Où habitez-vous vraiment ?” avec Orange Labs en partenariat avec la Fing et EverydataLab. Allez faire le test !

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Les data en forme http://owni.fr/2011/11/28/data-opendata-sondage-tahrir-harcelement-art-guardian-money/ http://owni.fr/2011/11/28/data-opendata-sondage-tahrir-harcelement-art-guardian-money/#comments Mon, 28 Nov 2011 10:36:18 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=88400 Commençons notre voyage data de la semaine par une destination inhabituelle : l’Afghanistan.

The Asian Foundation mène depuis sept ans une étude d’opinion sur la perception, par la population afghane, des changements politiques et des évolutions dans leur vie quotidienne.
En 2011, elle a interviewé 6 348 citoyens afghans, dans les 34 provinces du pays.

L’application interactive “Visualizing Afghanistan” permet de naviguer dans les résultats de cette étude, par trois entrées : chronologique (de 2006 à 2011), thématique (l’utilisateur peut sélectionner les questions en haut à droite) et cartographique, en accédant au détail des réponses par région.

Une granularité particulièrement révélatrice et utile pour mettre les données en perspective. Ainsi, à la question “Votre famille vit-elle mieux aujourd’hui que quand les Talibans étaient au pouvoir ?”, la réponse est mitigée dans la région du Sud (33% estime que non, 34% que oui), tandis que la région du centre (Hazarjat) est plus unanime : 67% déclarent mieux vivre qu’au temps des Talibans.

L’ouverture des données, version Singapour

Restons en Asie mais déplaçons nous un plus en bas à droite du planisphère, direction Singapour.

Là où un certain nombre d’acteurs, dont le Senseable city lab du MIT (Institut de technologie du Massachusetts), commence à en avoir assez que les données proposées au citoyen pour améliorer ses connaissances, se déplacer, se repérer dans une ville, soient majoritairement des données fixes, bien éloignées de la réalité de son besoin d’information.
“Pensez à l’incohérence des horaires des transports imprimés sur du papier, au fait de conduire jusqu’à des magasins pour trouver un produit en réalité en rupture de stock”, nous rappellent-ils, à juste titre.

Données dynamiques et temps réel sont donc le credo de leur projet LIVE Singapore!. Ils explorent plusieurs pistes, très prometteuses (représentation isochronique, croisement de données entre disponibilité des taxis et météo, etc.). Seul bémol, leur site présente une vidéo regroupant les six réalisations à cette date, mais n’offre pas la possibilité de naviguer individuellement dans chacun des projets.

A terme, LIVE Singapore! a pour ambition de produire une plate-forme où développeurs et citoyens pourront travailler de nouvelles idées liée à une API flexible et accessible et à de nouvelles techniques de visualisations de données. Cela ne vous rappelle rien ? Lisez leur description de projet : “redonner aux gens les données qu’ils ont eux même généré de par leurs actions, afin de leur permettre d’être mieux synchronisé avec leur environnement, et de prendre des décisions sur la base d’informations qui reflètent l’état actuel de leur cité”.
Autrement dit… ils font de l’Open Data.

Le respect des femmes en open source

Géolocalisation, crowdsourcing et data sautent à pieds joints cette semaine dans l’actualité, alors que deux journalistes ont annoncé la semaine dernière avoir été victimes d’agressions sexuelles en Egypte, alors qu’elles couvraient les évènements de la place Tahrir.

Ces évènements révèlent l’ampleur du problème du harcèlement des femmes, devenu un véritable fléau en Egypte : selon ECWR (The Egyptian Center for Women’s Rights ), 83% des femmes égyptiennes et 98% des femmes étrangères font l’objet d’un harcèlement en Egypte.

“The Harass Map” (“la carte du harcèlement”) propose aux femmes de signaler, de manière anonyme, les agressions sexuelles dont elles seraient victimes. Elles ont pour cela quatre moyens : par SMS, par twitter, par mail et par un formulaire sur le site. Le site agrège ensuite sur une carte les différents signalements.
La plate-forme est développée par Ushaidi, spécialisé dans la production de logiciels et plates-formes open source permettant le crowdsourcing et la géolocalisation. Ils avaient notamment mis en place une plate-forme après le séisme en Haïti pour aider à signaler les zones ayant besoin d’aide. Le système de SMS passe par Frontline SMS, projet open source également qui permet aux citoyens, ONG, d’envoyer gratuitement des SMS n’importe où à partir du moment où il y a un signal mobile.


Le projet souhaite réinvestir les revenus générés par les SMS dans des actions pour lutter contre le harcèlement des femmes.

L’art des données

C’est notre petite honte de la semaine : la découverte du site DataArt (existant visiblement depuis 2009), qui recense différentes expérimentations menées par la BBC et le Guardian.
Son objectif est à la fois de montrer que les frontières entre l’art et l’information sont désormais brouillées ; de donner les clefs à un public tant expert que non expert pour appréhender ces nouvelles formes de représentations de l’information, présenter les projets et enfin motiver le public à se saisir des données : un tel site méritait donc, pour son concept même, une place de choix dans notre chronique.
Et ce, malgré son péché originel de ne développer qu’en flash…

Chacun des projets présentés sur le site nécessiterait un paragraphe dans notre veille. Nous ne vous en présentons qu’un seul, pour un avant-goût, le NewsCloud.
Disponible pour la BBC comme pour le Guardian, cette application permet, sur un mot clef donné (par exemple ADN) de visualiser les différents mots qui y ont été associés dans les articles/reportages du média, depuis 2000. Navigation fluide et instinctive, contenu riche, pas de doute, la BBC et le Guardian tiennent toujours le haut du pavé de la data.

Un marathon sans les pieds

Ils sont tellement doués que nous n’allons pas quitter les Brits si vite.

Les 12-13 novembre derniers se tenait le Visualizing Marathon, organisé par General Electrics avec le soutien de Google.
L’objectif : à partir d’un set de données (ici, les résultats d’un sondage sur le sentiments des Britanniques face aux prochains Jeux Olympiques), travailler 24 h non stop pour proposer une visualisation, interactive ou non, de ce set de données.
Douze équipes étaient engagées, dont une française regroupant quatre étudiants de l’école de design de Nantes : Maxime Fabas, Thomas Dupeyrat, Ian Ardouin-Fumat et Maxime Leroy.

Ce dernier nous raconte son expérience :

Nous avons décidé de monter une application interactive, en Processing, mettant en relation les émotions des citoyens britanniques avec leur intérêt, ou non, pour les prochains Jeux Olympiques.
En effet, en nous baladant dans le set de données, nous avions repéré que près de 25% des personnes interrogées n’avaient un avis ni positif ni négatif sur la question des JO. Comme la thématique générale du Marathon était “Get the most from the Olympic Games” [Retirer le plus des Jeux Olympiques], il nous a semblé intéressant de cibler sur ces 25% qui semblaient peut être encore à convaincre.

Nous avons passé six heures à explorer et traiter la base de données. Puis nous nous sommes séparés en deux duos, l’un pour le design de l’interface, l’autre pour le code, et nous avons travaillé pendant une bonne dizaine d’heures.
Comme nous sommes partis sur de l’interactif, nous avons été un peu juste au niveau du temps et trouvons notre produit pas tout à fait fini.
Mais l’expérience était vraiment exceptionnelle : ambiance excellente, nous avons beaucoup appris en regardant travailler les autres et l’introduction par David McCandless était bien sûr passionnante.

Vous pouvez consulter l’application réalisée par Maxime et ses amis ici, ainsi que l’ensemble des projets réalisés lors du Marathon.

Les étudiants nantais pourront rapidement mettre à profit, at home, ce qu’ils ont appris, alors que la communauté d’agglomération et la ville de Nantes ont lancé la semaine dernière leur portail Open Data : data.nantes.fr

De la dataviz dans la boîte à outils

Ou quand l’infographie prend place jusque dans votre cuisine. Conçue par PartSelect, une entreprise vendant des pièces détachées en ligne et affichant surtout une “passion pour le DIY (Do It Yourself)”, cette infographie interactive a pour ambition de vous aider à déterminer, quand un appareil électroménager (frigo, machine à laver, gazinière) a un problème, s’il est plus rentable d’en racheter un ou de le réparer.
Pour cela, pour deux types de problèmes par appareil ménager, l’infographie vous présente la ou les causes potentielles, la facilité de réparation (note de 1 à 5), le prix de réparation (avec un code couleur du plus au moins cher) et enfin quelle partie de l’appareil est en cause.

Voilà qui aurait ravi la femme des années 60.

“Money for nothing”

Si vous suivez de près ou de loin la planète data, vous avez forcément vu passer cette ENORME infographie, sobrement intitulée “Money”. Enorme en taille, énorme dans le nombre de données traitées, énorme dans l’ambition : “chart of (almost) all of it, where is it and what it can do” (“un graphique de (presque) tout sur l’argent, où il est et ce qu’il peut faire”).

Impressionnant certes, mais il nous a semblé que le gigantisme de cette infographie se faisait au détriment de sa pertinence et de sa lisibilité. La division en chapitre, le tout inséré dans une web app aurait sûrement rendu davantage justice au considérable travail réalisé sur les données.

La traque du politique

Petit dernier pour la route, pour inaugurer la période intensément politique qui ne va pas manquer de s’ouvrir, jetez un coup d’oeil au baromètre de popularité, “Poll tracker” produit par USA Today qui met en scène la course pour la primaire républicaine.


Retrouvez les précédents épisodes des Data en forme !

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http://owni.fr/2011/11/28/data-opendata-sondage-tahrir-harcelement-art-guardian-money/feed/ 3
Penser le futur du web http://owni.fr/2011/10/25/futur-web-moteur-recherche-donnees-reseau/ http://owni.fr/2011/10/25/futur-web-moteur-recherche-donnees-reseau/#comments Tue, 25 Oct 2011 16:41:02 +0000 Olivier Ertzscheid http://owni.fr/?p=84609

Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ? Moteurs de recherche et réseaux sociaux occupent une place chaque jour plus prépondérante dans nos accès à l’information et à la connaissance. Ils suscitent également de vives interrogations, notamment dans leur capacité à rendre indexables des informations relevant indistinctement des sphères publiques, privées et intimes des contenus disponibles en ligne.

Enfin, inaugurés par le “like” de Facebook, les systèmes de recommandation se multiplient, venant concurrencer ou remplacer l’établissement de liens hypertextes et suscitant de nouveaux usages, de nouvelles métriques. Par ailleurs, la famille documentaire s’est agrandie : les encyclopédies sont devenus collaboratives, d’immenses silos documentaires sont apparus (YouTube, Flickr, etc.), les profils humains sont devenus des objets de “collection”.

Ce qui a réellement changé : capter l’attention

Question d’économies. Dans le contexte d’une abondance de contenus informationnels, prévaut une économie de l’attention hypothéquée par la capacité à mettre en place une économie de la confiance (Trust economy) avec la foule comme support (crowdsourcing), la modélisation de la confiance comme vecteur, et de nouvelles ingénieries relationnelles comme technologie.

La force des métadonnées. Pour les moteurs mais aussi pour les réseaux sociaux, toutes les données sont ou peuvent devenir des métadonnées, qui dessinent des comportements (pas uniquement documentaires) en même temps qu’elles permettent de caractériser la motivation de ces mêmes comportements. Chaque clic, chaque requête, chaque comportement connecté fait fonction de métadonnée dans une sorte de panoptique global.

Le web invisible ne l’est plus vraiment. Le défi technologique, après avoir été celui de la masse des documents indexés, devient celui de la restitution en temps quasi-réel du rythme de publication propre au web (“world live web”). Pour accomplir ce miracle, il faut aux outils de captation de notre attention que sont les moteurs et les réseaux sociaux, une architecture qui entretiennent à dessein la confusion entre les sphères de publication publiques, intimes et privées.

Rendre compte de la dissémination et du mouvement

La naissance de l’industrie de la recommandation et des moteurs prescripteurs. La recommandation existe de toute éternité numérique, mais elle est désormais entrée dans son ère industrielle. Moteurs et réseaux sociaux fonctionnent comme autant de prescripteurs, soit en valorisant la capacité de prescription affinitaire des “proches”, des “amis” ou des “collaborateurs” de l’internaute (boutons “like” et “+1″), soit en mettant en avant les comportements les plus récurrents de l’ensemble de leurs utilisateurs.

De nouvelles indexations. Après l’indexation des mots-clés, des liens hypertextes, des images, de la vidéo, des profils, il faut maintenant apprendre à indexer, à mettre en mémoire, la manière dont circule l’information, être capable de rendre compte de cette dynamique virale, capable de prendre en compte la dissémination, l’écho, l’effet de buzz que produisent les innombrables “boutons poussoir” présents sur chaque contenu informationnel pour lui assurer une dissémination optimale.

Navigation virale ou promenade carcérale ? L’approche fermée, propriétaire, compartimentée, concurrentielle, épuisable de l’économie du lien hypertexte que proposent les systèmes de recommandation, ne peut mener qu’à des systèmes de nature concentrationnaire. Des écosystèmes de l’enfermement consenti, en parfaite contradiction avec la vision fondatrice de Vannevar Bush selon laquelle la parcours, le chemin (“trail”) importe au moins autant que le lien. Les ingénieries relationnelles des systèmes de recommandation – de celui d’Amazon au Like de Facebook – ressemblent davantage à une promenade carcérale qu’à une navigation affranchie parce qu’elles amplifient jusqu’à la démesure la mise en avant de certains contenus au détriment de la mise au jour d’une forme de diversité.

Brassage des données dans un “jardin fermé”

Un nouveau brassage. La recherche universelle, désignant la capacité pour l’utilisateur de chercher simultanément dans les différents index (et les différentes bases de données) proposés par les moteurs de recherche, ouvre un immense champ de possibles pour la mise en œuvre d’algorithmes capables de prendre en charge les paramètres excessivement complexes de la personnalisation, de la gestion des historiques de recherche, de l’aspect relationnel ou affinitaire qui relie un nombre de plus en plus grand d’items, ou encore du brassage de ces gigantesques silos de donnés. Un brassage totalement inédit à cette échelle.

Le mirage des nuages. De rachats successifs en monopoles établis, l’extrême mouvement de concentration qui touche la médiasphère internautique fait débat. D’un immense écosystème ouvert, le web mute aujourd’hui en une succession de ce que Tim Berners Lee nomme des “walled gardens”, des “jardins fermés”, reposant sur des données propriétaires et aliénant leurs usagers en leur interdisant toute forme de partage vers l’extérieur. L’enjeu n’est alors plus simplement celui de l’ouverture des données, mais celui de la mise en place d’un méta-contrôle, un contrôle accru par la migration de l’essentiel de nos données sur les serveurs des sociétés hôtes, grâce à la banalisation du cloud computing : l’essentiel du matériau documentaire qui définit notre rapport à l’information et à la connaissance étant en passe de se retrouver entre les mains de quelques sociétés marchandes

Et tout ça pour quoi ? Il s’agit de porter à visibilité égale des contenus jusqu’ici sous-utilisés ou sous-exploités, pour augmenter leur potentiel marchand en dopant de la sorte le rendement des liens publicitaires afférents. Un objectif qui ne peut être atteint sans la participation massive des internautes.

La marchandisation de toute unité documentaire recensée

Le web personnel. La pertinence et la hiérarchisation d’un ensemble de contenus hétérogènes n’a de sens qu’au regard des intérêts exprimés par chacun dans le cadre de ses recherches précédentes. La condition sine qua non de la réussite d’une telle opération est le passage au premier plan de la gestion de l’historique des recherches individuelles.

Algorithmie ambiante. A la manière de l’informatique “ambiante” qui a vocation à se diluer dans l’environnement au travers d’interfaces prenant la forme d’objets quotidiens, se dessinent les contours d’une algorithmie également ambiante, c’est à dire mettant sous la coupe de la puissance calculatoire des moteurs, la moindre de nos interactions en ligne.

Marchands de documents. Derrière cette algorithmie ambiante on trouve la volonté déterminée d’optimiser encore davantage la marchandisation de toute unité documentaire recensée, quelle que soit sa sphère d’appartenance d’origine (publique, prive, intime), sa nature médiatique propre (image, son, vidéo, page web, chapitre de livre, etc…), sa granularité (un extrait de livre, un billet de blog, un extrait de vidéo …) et son taux de partage sur le réseau (usage personnel uniquement, usage partagé entre « proches », usage partagé avec l’ensemble des autres utilisateurs du service).

Une base de données des intentions

La recherche prédictive. Les grands acteurs du web disposent aujourd’hui d’une gigantesque “base de donnée des intentions” (concept forgé par John Battelle), construite à l’aide de nos comportements d’achats, de l’historique de nos requêtes, de nos déplacements (géolocalisation), de nos statuts (ce que nous faisons, nos centres d’intérêt), de nos “amis” (qui nous fréquentons). Une base de donnée des intentions qui va augmenter la “prédictibilité” des recherches. Et donc augmenter également leur valeur transactionnelle, leur valeur marchande.

Recherche de proximité et moteurs de voisinage. A l’aide de moteurs comme Intelius.com ou Everyblock.com, il est possible de tout savoir de son voisin numérique, depuis son numéro de sécurité sociale jusqu’à la composition ethnique du quartier dans lequel il vit, en passant par le montant du bien immobilier qu’il possède ou l’historique de ses mariages et de ses divorces. Toutes ces informations sont – aux États-Unis en tout cas – disponibles gratuitement et légalement. Ne reste plus qu’à les agréger et à faire payer l’accès à ces recoupements numériques d’un nouveau genre. Surveillance et sous-veillance s’affirment comme les fondamentaux de cette nouvelle tendance du “neighboring search.

Pourquoi chercher encore ? Le nouvel horizon de la recherche d’information pose trois questions très étroitement liées. Demain. Chercherons-nous pour retrouver ce que nous ou nos “amis” connaissent déjà, permettant ainsi aux acteurs du secteur de vendre encore plus de “temps de cerveau disponible” ? Chercherons-nous simplement pour acheter, pour consommer et pour affiner le modèle de la base de donnée des intentions ? Ou pourrons-nous encore chercher pour dmoteuécouvrir ce que nous ne savons pas (au risque de l’erreur, de l’inutile, du futile) ?

Les risques d’une macro-documentation du monde

Le web était un village global. Son seul cadastre était celui des liens hypertexte. Aujourd’hui, les systèmes de recommandation risquent de transformer le village global en quelques immeubles aux incessantes querelles de voisinage.

Un web hypermnésique et des moteurs omniscients. Aujourd’hui le processus d’externalisation de nos mémoires documentaires entamé dans les années 1980 avec l’explosion des mémoires optiques de stockage est totalement servicialisé et industrialisé. L’étape suivante pourrait ressembler à l’hypermnésie. Celle dont souffre Funès dans la nouvelle de Borges. Mais cette hypermnésie est aujourd’hui calculatoire, algorithmique, ambiante. Elle est massivement distribuée, ce qui lui confère cette impression de dilution, de non-dangerosité. Mais quelques acteurs disposent des moyens de l’activer et de tout rassembler. Pour l’instant ce n’est que pour nous vendre de la publicité, du temps de cerveau disponible. Mais que deviendrait cette arme hypermnésique entre les mains d’états ? Nous avons tendance à oublier l’importance de se souvenir puisqu’il est devenu possible de tout se remémorer.

Des enjeux de politique … documentaire. La deuxième question c’est celle de l’écosystème informationnel que nous souhaitons pour demain. Ne rien dire aujourd’hui, c’est consentir. Il est aujourd’hui absolument nécessaire d’ouvrir un débat autour de l’écosystème non plus simplement documentaire mais politique que les moteurs représentent, il est vital de s’interroger sur la manière dont cet écosystème documentaire conditionne notre biotope politique et social … Or toutes ces questions sont par essence documentaires, ce sont les questions que posent une macro-documentation du monde. Voilà pourquoi le rôle des professionnels de l’information est et sera absolument déterminant.


Billet initialement publié sur affordance.info, sous le titre “Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ?”. Article de commande pour la revue Documentaliste, sciences de l’information, publié ici dans sa version longue. Article également déposé sur ArchiveSic.

Ertzscheid Olivier, “Méthodes, techniques et outils. Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ?” in Documentaliste, sciences de l’information. Vol. 48, n°3, Octobre 2011, pp. 10-11. En ligne

Olivier Ertzscheid est également auteur d’un récent ouvrage sur l’identité numérique et l’e-reputation

Illustrations CC FlickR eirikref (cc-by), hawksanddoves.

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http://owni.fr/2011/10/25/futur-web-moteur-recherche-donnees-reseau/feed/ 15